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@NicolasDufourcq: Vendredi c'était la cérémonie d'ouverture des jeux olympiques. Cette appellation ne correspondait pas à ce que nous avons vécu.
D'habitude elle se fait dans un stade olympique et tous les stades se ressemblent. Des délégations d'athlètes entrent dans une arène non située, on les installe, ils vont s'asseoir. Des jongleurs nous distraient d'une procession répétitive.
Hier c'était autre chose : l'histoire de France accueillait le monde. Des milliers d'athlètes étaient comme baptisés par le passage nautique sous tous ces ponts de Paris, acclamés par une foule décidée à les accueillir en dépit de la pluie. La parade de bateaux bondés de jeunes sportifs brillants de gaieté d'entrer ainsi dans Paris était comme un défilé de libération.
La jovialité et l'optimisme des Nations unies venait défier non seulement le climat, mais les humeurs noires d'un pays ombrageux, toujours furieux qu'on le traite mal, qu'on lui parle mal. Un pays profondément ouvert aux étrangers, mais divisé contre lui-même y compris dans les familles, comme l'est notre planète.
A la nuit tombante, les lumières de la fête donnaient des éclats dorés magnifiés par la réfraction de la pluie. Rien n'était plus beau que de regarder les reflets sur les vagues de la Seine. Ils étaient comme les médailles, or, argent et bronze.
Grâce aux grands écrans, on pouvait assister de loin aux tableaux préparés sur chaque pont et largement illuminés. Nous n'y étions pas, mais nous ne regardions pas non plus la télévision, captifs des commentaires. Nous étions sur la Seine, comme eux, à quelques centaines de mètres, sans pouvoir entendre autre chose qu'une rumeur, comme sur un gigantesque champ de bataille. A distance, nous avons ressenti la tension du spectacle, le coeur palpitant des danseurs qui devaient réussir leur performance, sous les lances de la pluie.
Des heures qui sont passées très vite, les sens en éveil, les épaules mouillées, entourés de voisins souriants cherchant aussi à comprendre l'événement pour bien le vivre. Devant nous passaient les bateaux des Nations, puis une chanteuse juchée sur un piano en feu, puis un cheval de fer au galop, avant de rejoindre la Tour Eiffel, grande déesse protectrice de la France, lieu de tous les podiums, éclairée de mille projecteurs et rayonnant sur Paris d'une zèbrure infinie de rayons bleus.
Toute cette partie de levée des couleurs et de discours, nous l'avons vécue à distance, avant de comprendre que la flamme allait revenir là où nous étions, au Carrousel du Louvre, pour s'élever dans les airs. Et la voilà, sur son embarcation, portée par Rafael Nadal, Carl Lewis, Serena Williams, Nadia Comaneci, les déesses et dieux du stade, puis transmise devant nous, et transmise à nouveau, de main en main, jusqu'à se transformer en chaudron de feu, et à s'élever au dessus des toits de Paris portée par une Montgolfière rappelant que c'est ici, en 1788, que s'éleva le premier ballon au monde, celui des frères Montgolfier.
Apothéose et larmes à l'oeil, cette splendeur du reflet du feu sur la membrane du Ballon, avec toute la fragilité du montage ou l'on se dit qu'une étincelle va tout embraser, qu'un cordon va brûler, et que l'équilibre absolu va se transformer en torche à terre. Mais non, l'équilibre est maintenu, la constitution tient, la France tient bon, les forces du chaos sont vaincues.
#Paris2024