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@finneko_prgrm: 🚨 J'ai pris mon temps encore une fois. Mélenchon et Coquerel ont présenté leur feuille de route mercredi dernier pour 2027 avec 106 milliards d'euros de recettes supplémentaires, 82 milliards de dépenses nouvelles et 25 milliards d'amélioration du déficit public. Sur le papier, j'ai l'impression d'être à Disneyland mais il y a un "petit" problème.
➡️ Pour information, une économie ne fonctionne pas comme un tableau Excel où modifier quelques cellules permettent d'obtenir le résultat que l'on veut. Je rappelle que les contribuables réagissent à la fiscalité, les entreprises adaptent leurs investissements, les investisseurs réallouent leurs capitaux et les ménages modifient leurs comportements. Pourtant, Mélenchon semble ne pas le comprendre sachant que l'on parle d'un pays avec une croissance fragile, un endettement considérable et un coût du financement qui ne cesse d'augmenter.
1⃣ On va démarrer par les recettes. Mélenchon prévoit 15 milliards grâce à la taxe Zucman sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros, 10 milliards avec un ISF climatique, 9 milliards avec la suppression de la flat tax, 20 milliards supplémentaires grâce à une réforme de la fiscalité des successions et 22 milliards en réduisant certaines niches fiscales. Personnellement, je n'ai aucun problème de principe avec l'idée de lutter contre l'optimisation fiscale abusive ou de supprimer des avantages fiscaux inefficaces, mais Mélenchon additionne les rendements attendus de plusieurs réformes fiscales majeures sans jamais démontrer leur compatibilité ni leurs conséquences. Une taxe sur le patrimoine va clairement modifier les stratégies de détention, une hausse de l'imposition des revenus financiers va modifier les décisions de distribution ou de réalisation des gains, et un durcissement de la fiscalité successorale va encourager des stratégies de transmission différentes. Les réactions ne vont pas forcément annuler les recettes mais vont assurément en réduire le rendement. L'autre sujet derrière que semble ignorer LFI est que toutes ces mesures interagissent entre elles. Par exemple, les droits de succession et de donation devaient déjà rapporter environ 21 milliards en 2026 et Mélenchon annonce 20 milliards supplémentaires ce qui est considérable. Du coup, il faudrait nous expliquer quelles assiettes seraient élargies, quels taux seraient appliqués, quels contribuables seraient concernés et quels comportements pourraient en résulter pour arriver à un tel résultat parce que mathématiquement quelque chose.
🧐 Ensuite, une phrase m'a quand même interpellé. Mélenchon explique que les aides publiques aux entreprises représentent 166 milliards et que, puisque ce montant est comparable au déficit, ce seraient ces aides qui auraient provoqué le déficit français. Ça, c'est indéfendable parce qu'il n'y a aucune relation de causalité et quand on regarde la dernière publication de la Direction Générale du Trésor on comprend que sur ces 166 milliards d'euros, seulement 60 milliards relèvent du périmètre strict des aides publiques. En fait, une énorme partie de ce que Mélenchon présente comme des cadeaux aux actionnaires correspond plutôt à des dispositifs dont les effets concernent surtout les salariés, les employeurs et les consommateurs. Je rappelle que les allègements de cotisations permettent de diminuer le coût du travail et peuvent soutenir l'emploi (surtout sur les bas salaires). Confondre une exonération de cotisations sur un salarié au SMIC avec un chèque versé à un actionnaire puis derrière en déduire que les aides expliquent à elles seules le déficit français relève d'aucune analyse économique ici.
2⃣ On va passer aux dépenses. Certaines propositions peuvent être défendues comme améliorer le fonctionnement des hôpitaux, renforcer l'éducation, investir dans la rénovation énergétique et lutter contre la précarité sachant que tout cela peut produire de vrais bénéfices économiques et sociaux. Sauf qu'encore une fois, quand on voit le problème actuel en France, il faut privilégier les dépenses qui augmentent durablement la capacité à produire à celles qui soutiennent le revenu disponible à court terme. Mélenchon prévoit 17 milliards pour la revalorisation du point d'indice des fonctionnaires, 9 milliards pour le retour à la retraite à 62 ans, 9,5 milliards pour une garantie d'autonomie destinée aux jeunes en formation, 3,6 milliards pour la gratuité des cantines scolaires et 3 milliards supplémentaires pour les hôpitaux. Rien n'est inutile mais ces engagements sont financés par des recettes dont le rendement reste incertain. Aussi, les engagements pris se prolongent, se revalorisent et pèsent sur les budgets futurs.
💸 Je rappelle quand même que la France ne manque pas de prélèvements obligatoires (43% du PIB en 2025 vs 57% pour les dépenses). Le problème du pays réside dans l'efficacité de la dépense publique, l'organisation des services, la capacité à produire de la richesse et une croissance beaucoup trop faible. Mélenchon estime que le capital financier est une réserve de ressources illimitée dans laquelle il suffirait de puiser et affirme même que la taxation du capital financier serait le seul prélèvement qui n'a aucun effet récessif. Je pense que taxer des rentes économiques, des revenus élevés ou certaines plus-values peut améliorer l'efficacité du système fiscal si les dispositifs sont bien conçus, mais une fiscalité qui réduit le rendement après impôt de certains investissements modifie aussi le financement des entreprises et leur localisation. La taxe Zucman n'est clairement pas l'outil adapté pour cela et je trouve dangereux de balayer ces arbitrages économiques.
💰 Le plus inquiétant concerne la dette publique où Mélenchon défend toujours l'idée d'annuler la dette française détenue par l'Eurosystème en disant qu'il s'agirait d'argent que nous nous devons à nous-mêmes. J'ai déjà posté un tweet sur le sujet et je ne reviendrai pas la dessus sachant que l'Institut Rousseau (à l'origine de cette idée) n'a toujours pas réussi à balayer mes arguments. Le fait est que les 25 milliards annoncés par LFI représentent une amélioration théorique du solde public et non pas une baisse de l'encours de dette. Tant que les finances publiques restent déficitaires, la dette nominale continue d'augmenter même si elle progresse moins vite et pourtant c'est là que se trouve le drame.
⚠️ L'histoire économique nous montre que certains investissements publics et transferts bien ciblés, comme le souhaite Mélenchon, peuvent soutenir l'activité, mais je ne vois pas, dans ce premier budget, de démonstration convaincante de la manière dont la France retrouverait durablement de la productivité, de la compétitivité, de l'investissement privé et une croissance plus élevée. J'attends de voir le programme présidentiel complet quand il sera publié mais ce premier exercice budgétaire ne répond pas aux questions les plus importantes pour les Français. Comment augmenter la production ? Comment améliorer l'efficacité des dépenses ? Comment attirer les capitaux nécessaires au financement des entreprises ? Comment restaurer les marges budgétaires sans dégrader le potentiel de croissance ? Zéro réponse et je vous avoue une chose : aucun candidat ne répond à ces questions pour l'instant.
🤷♂️ Je reconnais le mérite de présenter des mesures chiffrées contrairement à beaucoup de responsables politiques qui restent sur des promesses générales. Je reconnais aussi que le système fiscal comporte des anomalies, que certaines aides aux entreprises doivent être réévaluées et que les inégalités de patrimoine méritent un vrai débat digne de ce nom. Le truc est que ce programme repose sur une succession d'hypothèses favorables où les recettes fiscales rentreraient presque intégralement, les comportements économiques ne changeraient pas du tout pour compromettre leur rendement, les dépenses supplémentaires soutiendraient fortement la croissance, et les investisseurs continueraient de financer la France dans des conditions acceptables malgré les annonces sur la dette. C'est impossible de construire toute sa crédibilité sur le meilleur des scénarios.
La vraie faiblesse demeure finalement dans le fait de promettre de régler les déséquilibres français en taxant davantage la richesse sans démontrer comment créer les conditions de la croissance future.