
📝 « Boucliers humains » : l’expression est devenue un réflexe du vocabulaire de guerre. Mais en droit, elle désigne souvent tout autre chose... Ma dernière note sur Substack
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«... Je suis toujours surpris de voir à quel point, dans le champ médiatique, nous manions sans hésitation le vocabulaire militaire. Combien de fois furent préférées les notions d’« évacuation » à celles de « déplacements forcés », d’« élimination » à celle d’« assassinat »… et de « boucliers humains » lorsqu’il s’agissait de décrire des « victimes civiles » quantifiables. Il ne s’agit pas à mon sens d’en faire systématiquement grief aux journalistes, soumis à l’urgence, à la pression des rédactions comme à celle des groupes militants, et cherchant dans ce lexique une distance ou l’apparence de la maîtrise. Un peu comme si le lexique technico-militaire nous garantissait une forme de recul que l’on finit par confondre avec la neutralité. Car force est de constater que ce lexique n’a rien de neutre : il découpe et oriente le réel et tend parfois à effacer les chaînes de responsabilité que le droit, lui, oblige à examiner. Curieusement, à l’heure d’employer le vocabulaire juridique, les précautions redoublent, quand bien même ne serions-nous pas davantage caporaux que juristes. Étrange asymétrie…»